Qu’est-ce qui fait « événement »?

Projet universitaire, texte 4

Qu’est-ce qui fait « événement »?

par Jeanne-Astrid Lépine

Événement ou évènement? La dernière réforme, admettant l’accent grave avec l’aigu, a fait table rase des difficultés orthographiques que posait ce mot. Encore faut-il l’employer à bon escient. Des chroniqueurs de L’Actualité terminologique (un collaborateur anonyme, en 1969, et Frèdelin Leroux fils, en 2004), le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) et Le grand dictionnaire terminologique (GDT) nous y aident.

C’est sous l’influence de l’anglais, souligne le GDT, qu’on prête à événement la polyvalence mondaine du terme event, quant à lui tour à tour « exposition », « foire », « salon », etc. Mais en français, l’événement – exceptionnel par définition – ne court pas les rues. Qu’est-ce qui le fait?

Leroux cite d’entrée de jeu une formule synthétique de son prédécesseur anonyme : « L’événement se produit; la manifestation se tient. » C’est dire que le caractère remarquable qui distingue l’événement ne se prévoit pas, mais se constate. La manifestation, qu’elle soit de nature sportive, culturelle ou commerciale, n’acquerra qu’a posteriori, si elle marque les mémoires, la qualité d’événement. En revanche, la manifestation pourra donner à l’événement factuel (« chute de neige, chute d’un grand homme, chute des astres », propose le même auteur inconnu) une portée symbolique qui autrement lui échapperait.

On fêtera ainsi à date fixe, sa vie durant, l’événement unique de sa naissance.

Quant à l’appellation juste à donner à cette fête, comme aux congrès, colloques, galas ou brunchs-bénéfice recensés à l’envi par Leroux, les suggestions fusent en réponse à la surabondance d’« événements spéciaux » : manifestation, mais aussi rencontre, activité, rendez-vous, animation

Dans le registre familier, selon une définition tirée du TLFi qui a encore cours aujourd’hui, événement se teinte d’ironie : « Fait auquel on accorde une importance démesurée ». À moins de l’entendre ainsi, abuser du terme événement revient donc à en contredire le sens.

Les ressources de la langue invitent plutôt aux nuances, qui permettent mesure, et démesure.

Article édité la première fois le 22 septembre 2016/ Mention de provenance de l’image libre de droits : Freeimages
4 Commentaires
  • Pierre Lincourt
    Publié à 19:34h, 22 septembre Répondre

    Un événement: le retour des textes des étudiants

    Très bon texte qui résume bien le dossier.
    Je suis bien content de revoir ces textes proposés par notre belle jeunesse.

  • Gaston Bernier
    Publié à 20:41h, 22 septembre Répondre

    Le mot est une des cibles de l’Asulf (Ass. pour le soutien et l’usage de la langue française). Un dépliant existe sur le sujet. Deux articulets sont parus dans l’Expression juste en 2008 et 2009. Personnellement, j’ai publié une vingtaine de billets sur Facebook depuis 2013. L’article de madame Lépine sera utile. J’ignorais (ou j’avais oublié) qu’on avait écrit sur le sujet. Il faudrait maintenant qu’Usito, le Multi et le grammairien de R.C. étudient le dérapage. Il est tard pour le faire. «Événement» brûle tout «sous ses pas», comme Attila.

  • Cylvie Fréchette
    Publié à 07:38h, 23 septembre Répondre

    Bravo pour ce très beau texte. Je suis tout à fait d’accord sur le fait que la langue française est plus précise que l’anglais. Il convient en effet d’utiliser les termes spécifiques que vous donnez en exemple, selon le contexte. Toutefois, je remarque que le français ne semble pas posséder de terme générique qui permette d’englober tous ces termes spécifiques que l’anglais désigne collectivement par « events ». Qu’en est-il des gens qui travaillent dans le domaine de l’événementiel? Leur domaine englobe les expositions, foires, salons et autres activités de relations publiques. Si le mot « événementiel », employé comme substantif, est une dérivation évidente du mot « événement », il doit bien y avoir un recoupement sémantique assez important entre les deux. Néanmoins, on ne retrouve pas dans les dictionnaires ce sens du mot « événement », qui semble pourtant être passé dans l’usage. Sinon, quel générique proposeriez-vous pour désigner ce qu’organisent les gens qui travaillent dans l’événementiel?

  • Pierrette vachon-L'Heureux
    Publié à 10:22h, 23 septembre Répondre

    Il conviendrait de parler de rectifications orthographiques. Nous avons maintes fois distingué cette démarche de celle des réformes de l’orthographe que le français a connues. L’histoire de l’orthographe mériterait une attention plus grande de la part de ceux qui s’intéressent à l’écriture. Fréquenter davantage le Dictionnaire de l’orthographe du français de Nina Catach serait utile.

Écrire un commentaire