Les femmes sont des «pair(e)s-sonnes»

Projet universitaire, texte 7

Les femmes sont des « pair(e)s-sonnes »

par Émilie Michaud

Voici le dernier texte, mais non le moindre, lié au projet de collaboration universitaire, dans le cadre du cours Synthèse de documents de l’hiver 2016 (le projet est présenté dans le haut de la page principale du blogue). Mais, ô surprise! l’expérience sera réitérée à la session hivernale 2017! D’ici là, je retournerai à ma plume pour alimenter ce blogue. Un grand merci à tous les étudiants – vos précieuses recherches et votre écriture ont été fort appréciées – et merci à Anne Fonteneau, leur professeure!

 

Le Petit Robert nous apprend que la féodalité nous a donné le concept de pairs, les vassaux ayant le droit d’être jugés par des gens de même rang qu’eux. Les pairs qualifièrent, par la suite, des nobles assumant des fonctions publiques à la Chambre des Lords en Angleterre, et à la Haute Assemblée législative en France; des députés en quelque sorte. Au XVIIIe siècle, l’Encyclopédie de Diderot mentionne que des femmes pouvaient tout de même accéder à la pairie femelle, sans toutefois exercer les fonctions civiles qui y étaient rattachées. Ces pairs femelles ont par la suite pris le titre de pairesses. Le Bon Usage précise d’ailleurs que le titre pairesse répond à la définition précise d’ «épouse de pair» ou de «titulaire d’une pairie», mais exclut la définition principale de pair, signifiant «qui est égal», «personne semblable quant à la fonction ou à la situation sociale».

C’est là que le bât blesse. Doit-on conclure que les termes selon mes pairs ne peuvent être féminisés, puisque les femmes n’ont pas toujours été les égales des hommes? Le raccourci s’avère facile; d’autant qu’au Canada, les femmes sont devenues des «personnes qualifiées» avec droit de siéger au Sénat en 1929 seulement.

Grammaticalement, toutefois, Le Bon Usage précise que les mots sans égal, pareil ou rival, sont susceptibles d’être mis au féminin si comparantes et comparées sont… des femmes. La logique voudrait donc que l’on féminise la tournure pair quand il s’agit d’une assemblée de femmes : une assemblée de pairesses.

Langue et société évoluant constamment, l’existence d’un mot attestera de l’existence de la réalité. Bien que le terme pairesse, dans sa forme actuelle, oblitère l’idée de rang ou de condition sociale identiques, Hélène Dumais, linguiste, nous dit qu’au Québec, la féminisation des titres et de la langue est assez avancée pour que l’on puisse croire que l’expression selon mes pairesses — et peut-être même selon mes paires, puisque les féminins construits avec le suffixe esse tendent à disparaître — finira par exister, avec une valeur intrinsèque d’égalité.

 

Article édité la première fois le 22 novembre 2016/ Mention de provenance de l’image libre de droits : Freeimage

 

1Commentaire
  • Gaston Bernier
    Publié à 22:56h, 22 novembre Répondre

    Il ne faut pas hésiter à écrire «selon nos pairs et pairesses…». La langue nous appartient. Et dorénavant, pour moi, le pairage pratiqué dans les parlements, dont celui du Québec, pourra s’ouvrir au jumelage tant des pairs que des pairesses.

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